Plaidoyer contre la voiture autonome

Avant de commencer, j’assume entièrement les relents de « C’était mieux avant » qui sortiront de cet article. Je le revendique même. On sait depuis la première guerre mondiale que le progrès, fusse-t’il technologique, n’est pas toujours pour le mieux.

Pourquoi, parmi tous les changements qui surviennent de toutes parts, me concentrer sur la voiture autonome ? Sûrement parce qu’elle s’annonce comme une innovation majeure de cette première moitié du XXIeme siècle, sûrement également car elle incarnera une des premières applications de l’intelligence artificielle dans la vie de tous les jours.

Depuis l’émergence des start-up, il est clair qu’un des objectifs de ces nouvelles entreprises est de nous éviter tous les petits tracas et corvées que nous impose la vie quotidienne. Et la conduite en est une. Hormis quelques passionnés d’automobile (qui existent de moins en moins, mais dont je fais malgré tout partie), qui osera défendre le fait que conduire de chez-soi jusqu’au travail sur une autoroute bouchée est une partie de plaisir ?
Et pourtant, ces corvées, qui sont autant de moments où nous effectuons des tâches à très faible valeur ajoutée, font partie des choses qui nous permettent d’être pour un instant autre chose qu’un producteur au travail ou un consommateur. Car là se trouve tout l’intérêt de cette innovation, transformer ce temps où nous sommes occupés en temps inoccupé.

Par définition, une voiture est une boîte fermée individuelle, dotée d’éléments de confort, de distraction, et surtout, une boîte ou vous devrez quoi qu’il arrive rester une certaine durée sans autre activité que ce qui vous sera proposé. Du pain béni pour tous ceux qui sont à la recherche du « temps de cerveau disponible ».
Et votre temps de cerveau, ils comptent bien en profiter. En amenant une connexion, la TV, des jeux, et donc des publicités d’un côté, vos e-mail voir vos réunions en vidéo-conférence de l’autre. Objectif : faire de vous le consommateur que vous n’êtes pas encore assez, jusqu’a l’overdose.

Et tant pis pour le paysage, pour ce plaisir qu’on prend au hasard d’un trajet inédit, à découvrir de nouveaux paysages, un village inconnu, à ces secondes de plaisir qu’on s’accorde en décidant de prendre une route qui a l’air plus jolie, ou alors une autre qui attise notre curiosité.
Le GPS avait entamé à la poésie de la conduite, la voiture autonome lui portera le coup fatal.

Mieux, on sait pertinemment que lorsque la technique permet de réaliser un business, alors celui-ci apparaît. Dès lors, la voiture décidant pour vous, comment ne pas imaginer que le constructeur ainsi que ses partenaires tireront parti du trajet en lui-même ? Il sera tellement plus intéressant pour eux de vous faire incessamment passer devant ce nouveau centre commercial jusqu’à ce que germe en vous l’idée de vous y arrêter, ou bien de vous proposer lorsque vous entrerez l’adresse du restaurant ou vous souhaitez vous rendre, un autre lieu avec lequel ils auront passé un accord commercial.

De la même manière, lorsque le politique a un pouvoir — souvent bien appuyé par les lobbys — il l’utilise en général jusqu’au bout. Je n’ai aucun doute que lorsque la voiture autonome sera suffisamment installée, de la même manière qu’ils sont en train d’interdire les autos anciennes dans les centres-villes, ils interdiront peu à peu la voiture à conduite manuelle. D’abord sur les autoroutes, d’abord au nom de la sécurité évidemment. Puis, progressivement, ce sera votre liberté de vous déplacer comme vous l’entendez qui sera supprimée.

La voiture sait mieux que vous, laissez-vous donc guider !