Merci Président !

« Emmanuel Macron a révolutionné la politique ! »
Cette analyse m’a été difficile à entendre pendant toute la campagne. J’étais de ceux qui étaient sincèrement persuadés que la baudruche Macron se dégonflerait avant la présidentielle, puis entre les deux tours, puis avant les législatives, puis… il faut bien l’avouer, jamais. Ou tout du moins, pas tout de suite. Il va falloir s’y habituer, le système Macron est là pour 5 ans au minimum, et on a maintenant la preuve que ce qu’il a construit repose sur des bases solides.

Si on prend un peu de hauteur, cela n’est en fait pas si surprenant que ça en a l’air. Dans notre Américanisation — qui va lentement, mais sûrement –, nous venons simplement de recréer le parti démocrate d’Hillary Clinton, dont les Français sont reconnus être de fervents soutiens, et qu’on se plaît justement à situer entre la gauche et la droite Française.

Pour autant, sur le long terme, cet électrochoc pourrait bien se révéler être salvateur pour notre débat public, qui, depuis 1983, a glissé de plus en plus dans une sorte de centrisme bienveillant et progressiste, le Macronisme avant l’heure. Cette logique qui consiste à dire que si on met toutes les idées (socialement acceptables bien sûr, n’imaginez pas que celles du FN aient droit de cité ici) dans un grand pot, qu’on secoue très fort, et qu’on en ressorte la ligne médiane, alors nous serons dans la vérité absolue, seule voie possible.

Donner enfin un nom, un appareil, et un chef à cette pensée jusqu’alors incarnée par le très médiocre Bayrou est la meilleur chose qui pouvait lui arriver, et nous arriver.
En premier lieu, pour enfin clarifier la situation de tous ces élus, qui se disent de droite, qui se disent de gauche, mais qui se retrouvent surtout dans cette famille. Sans aller jusqu’à les traiter de traîtres infâmes, ce qu’ils sont à l’égard de leurs électeurs, leur famille d’origine, mais peut être pas leurs idées, on ne peut que se réjouir qu’enfin, ils cessent de se mentir et rejoignent un parti qui incarne leur ligne actuelle. Dehors les le Maire, Lefebvre, les le Drian, Collomb et bien d’autres.
En second lieu, car la faire se frotter à la réalité du pouvoir sera la meilleur manière de casser la quasi-religion qui s’est vouée autour de cet auto-proclamé camp du bien.
En troisième lieu enfin, car sur les ruines qu’il restera de part et d’autre, quelque chose ré-émergera. A gauche de Macron, on revendique enfin être clairement de gauche, comme le clame inlassablement Gérard Filoche. Certains en parleront mieux que moi, regardons-donc plutôt à droite.

Clairement, c’est un cataclysme. Les deux principaux partis sensés incarner la droite, les Républicains et le Front National, vont au devant de quelques mois bien difficile.
Les Républicains d’abord, parce que désormais sans chef et sans réelle vision, les querelles d’égo de ceux qui sont restés vont apparaitre. La ligne de fracture des deux droites présentes dans le parti — Orléaniste et Bonapartiste — va resurgir et provoquer moult débats.
Plus grave, la situation du Front National. Marine le Pen a beau essayer de gesticuler pour sauver les meubles, ce parti, littéralement explosé entre deux camps qui s’adressent à peine la parole, va devoir régler ses comptes. Il ne tenait jusqu’à présent que par la légitimité naturelle de Marine le Pen, totalement anéantie en à peine deux heures de débat face à Macron.

De ce champ de ruines ne pourra renaître que quelque chose de neuf. La France de droite n’a pas disparue, elle est simplement groggy. Débarrassée de toutes les forces qui la tiraient vers le centrisme, elle pourra au contraire se reconstruire librement et sans complexe. Comme dans toute innovation de rupture, les anciens grands acteurs en place, qu’on croyait inébranlables, pourraient bien laisser la place à un nouveau venu, qui n’existe peut-être pas encore, ou alors à l’état d’embryon. Enfin une opportunité de se débarrasser des Républicains, dont la proximité avec le PS a dégouté plus d’un électeur de droite. Enfin une opportunité de dépasser le Front National, dont la structure de PME Le Pen est aujourd’hui un frein aux idées qu’il défend. Le SIEL, dans cette logique, représente un positionnement voué à un bel avenir, celui de devenir le barycentre de l’union des droites, forçant ce qui restera des autres à discuter ensemble.