Le peuple des Patriotes n’existe pas

Ca devait être la stratégie ultime. Depuis 2005 et le séisme du referendum rejeté de peu par la population, c’était évident, un nouveau clivage devait apparaître : les Mondialistes, sous-entendu favorables à ce referendum contre les Patriotes, qui seraient ceux qui l’ont rejeté. Et cerise sur le gâteau, on a maintenant la preuve que ce peuple-là est majoritaire en France.

Oui mais voilà, patatras, rien n’a fonctionné comme prévu. Le Front National, mué à l’occasion en mouvement Patriote, devait mathématiquement passer en position de l’emporter : mouvance majoritaire du Non, Union Européenne qui suscite 12 ans après encore bien plus de défiance, et une économie qui ne s’est jamais remise de la crise de 2008, contrairement au reste de la planète. Dans ces conditions, le résultat de la présidentielle, puis des législatives, a été une douche froide. Contre toute attente, si Marine le Pen représentait bien un courant fort en France, elle n’est pas sortie grande gagnante de ce premier tour :

C’est plutôt la confusion généralisée qui règne et un pays divisé en quatre forces à peu près égales qu’une adhésion claire et nette du peuple à un projet en particulier. Marine le Pen y a été la représentante d’un segment politique jusqu’alors inoccupé : celui des conservateurs-étatistes, qui voient l’avenir de la Nation assuré par la force de l’Etat. Il s’agit là d’un revirement total par rapport à la vision de Jean-Marie-le Pen, qui aurait été sur une ligne « Filloniste dure ».

Les conservateurs-étatistes n’ont pourtant pas été créé ex-nihili, pas plus que le nom Patriote choisi par hasard. Hérités des révolutionnaires, ils se heurtent frontalement aux Nationalistes de Jean-Marie le Pen dont le courant se revendique ouvertement Vendéen.

Une part significative des électeurs dits conservateurs de droite ont préféré s’abstenir ou reporter leur voix sur François Fillon, plus proche de leurs idées. Marine le Pen le sait, et sa stratégie a été de combler ce déficit par un report de voix venant de la gauche Patriote, convaincue que l’apport serait supérieur à la perte de voix venant de la droite.

Problème évident, les sympathisants Nationalistes / Patriotes se retrouvent divisés, les premiers acceptant assez mal les trahisons successives de leurs idéaux pour mieux plaire aux seconds, les seconds n’ayant aucune envie de cohabiter avec les premiers.
Comment imaginer pouvoir rassembler sous une même bannière les héritiers du communisme des années 70 et les nationalistes qui les ont combattus ?
Comment mettre d’accord ceux qui pensent que l’Etat doit être le coeur de notre stratégie avec ceux qui pensent qu’il est l’ennemi de la Nation ?
Comment mettre d’accord ceux qui pensent que les problèmes sont avant tout politiques et financiers avec eux qui y voient une profonde question de civilisation ?
Si il est évident qu’il existe des points de convergence, ils sont malheureusement une exception face à l’incompatibilité totale de vision du monde, de la société, et de son évolution. Aller contre l’histoire est rarement une bonne idée, la fracture séparant ces deux branches étant une réalité historique, leurs principes souvent irréconciliables.
A l’heure de la droitisation des esprits et du retour en grâce des identités et des valeurs, la porte était pourtant enfin grande ouverte pour un rapprochement des droites et une construction d’une alliance qui, à défaut de pouvoir gagner, aurait eu une importance suffisante pour peser lourdement sur le débat politique. Marine le Pen a décidé de la claquer et de choisir la direction opposée.

Le gâchis est immense.