Mais qui Macron représente-t’il ?

J’ai beau faire partie de ceux qui sont plutôt des gagnants de la mondialisation, j’ai du mal à me retrouver dans le discours d’Emmanuel Macron. Ma réussite me semble bien modeste, et puis, bien que je sois encore loin de mes 50 ans, je n’ai pas de Rolex. Pas plus que je n’ai de voiture SUV, d’iPhone 7, de chemise Armani, ou que je voyage avec la Business Jet-Blue Airfrance. D’ailleurs, toutes ces choses ne m’intéressent pas.

Quelques créateurs de start-up soutiennent ouvertement Macron, et leur soutien est logique. Mais ils se seraient tout à fait autant accomodés de Fillon, voir de Marine le Pen ou Mélenchon. L’élection de Trump est loin d’avoir stoppé le phénomène des entreprises-capital-risque aux Etats-Unis. Au contraire, les valeurs technologiques ont bondi de plus de 30% depuis son élection.
« Faire-avec » le pouvoir en place est leur métier, et il serait idiot de sous-estimer, ces gens réellement talentueux pour créer beaucoup à partir de rien, contre vents et marées.

Mais qui se retrouve t’il donc dans ce qu’incarne Macron ? Si il est évident qu’il ne peut parler à la France profonde, traditionnelle, réelle, authentique et ancrée, il peut en revanche s’adresser à celle qui se trouve à mi-chemin entre les deux.
Celle qui rêve de tout ce matérialisme sans pouvoir toutefois le toucher du doigt. Macron leur vend son accessibilité, le projet de devoir choisir entre être un gagnant ou un perdant, et de se projeter évidemment dans la première catégorie à moindre frais.
Cette France, c’est celle qui se gave de séries Américaines où tout le monde est éternellement jeune et riche, celle qui lit les magazines où les stars se font prendre en photo devant des murs couverts de logos de marques. Celle qui fait des crédits à la consommation pour pouvoir paraître un ou deux rangs plus haut.
Cette France, on lui a appris qu’elle a droit à ce qu’il y a de plus beau, de plus luxueux, car elle le vaut bien. On lui a expliqué qu’en tant qu’individu, elle est unique, que cette unicité vaut de l’or à elle seule. On lui a répété qu’il est normal que le monde entier rampe devant ses pieds et cède à tous ses caprices. On lui a appris à toujours tout négocier, toujours tirer la couverture, ne jamais accepter moins que la valeur qu’on se donne.

Comme dans toutes les générations, comme dans tous les peuples, il y aura des gens meilleurs que d’autres. Dans tous les domaines. Ceux-là n’auront pas besoin de Macron pour prouver leur talent. Les autres subiront le même désenchantement que Sarkozy a provoqué en son temps.
Car cette France, qu’elle le veuille ou non, elle restera celle des classes inférieures à qui on a arraché un vote comme on vend un ticket de loto.

Celle des beaufs à qui on a réussi à occulter la réalité pour un instant.

Le peuple des Patriotes n’existe pas

Ca devait être la stratégie ultime. Depuis 2005 et le séisme du referendum rejeté de peu par la population, c’était évident, un nouveau clivage devait apparaître : les Mondialistes, sous-entendu favorables à ce referendum contre les Patriotes, qui seraient ceux qui l’ont rejeté. Et cerise sur le gâteau, on a maintenant la preuve que ce peuple-là est majoritaire en France.

Oui mais voilà, patatras, rien n’a fonctionné comme prévu. Le Front National, mué à l’occasion en mouvement Patriote, devait mathématiquement passer en position de l’emporter : mouvance majoritaire du Non, Union Européenne qui suscite 12 ans après encore bien plus de défiance, et une économie qui ne s’est jamais remise de la crise de 2008, contrairement au reste de la planète. Dans ces conditions, le résultat de la présidentielle, puis des législatives, a été une douche froide. Contre toute attente, si Marine le Pen représentait bien un courant fort en France, elle n’est pas sortie grande gagnante de ce premier tour :

C’est plutôt la confusion généralisée qui règne et un pays divisé en quatre forces à peu près égales qu’une adhésion claire et nette du peuple à un projet en particulier. Marine le Pen y a été la représentante d’un segment politique jusqu’alors inoccupé : celui des conservateurs-étatistes, qui voient l’avenir de la Nation assuré par la force de l’Etat. Il s’agit là d’un revirement total par rapport à la vision de Jean-Marie-le Pen, qui aurait été sur une ligne « Filloniste dure ».

Les conservateurs-étatistes n’ont pourtant pas été créé ex-nihili, pas plus que le nom Patriote choisi par hasard. Hérités des révolutionnaires, ils se heurtent frontalement aux Nationalistes de Jean-Marie le Pen dont le courant se revendique ouvertement Vendéen.

Une part significative des électeurs dits conservateurs de droite ont préféré s’abstenir ou reporter leur voix sur François Fillon, plus proche de leurs idées. Marine le Pen le sait, et sa stratégie a été de combler ce déficit par un report de voix venant de la gauche Patriote, convaincue que l’apport serait supérieur à la perte de voix venant de la droite.

Problème évident, les sympathisants Nationalistes / Patriotes se retrouvent divisés, les premiers acceptant assez mal les trahisons successives de leurs idéaux pour mieux plaire aux seconds, les seconds n’ayant aucune envie de cohabiter avec les premiers.
Comment imaginer pouvoir rassembler sous une même bannière les héritiers du communisme des années 70 et les nationalistes qui les ont combattus ?
Comment mettre d’accord ceux qui pensent que l’Etat doit être le coeur de notre stratégie avec ceux qui pensent qu’il est l’ennemi de la Nation ?
Comment mettre d’accord ceux qui pensent que les problèmes sont avant tout politiques et financiers avec eux qui y voient une profonde question de civilisation ?
Si il est évident qu’il existe des points de convergence, ils sont malheureusement une exception face à l’incompatibilité totale de vision du monde, de la société, et de son évolution. Aller contre l’histoire est rarement une bonne idée, la fracture séparant ces deux branches étant une réalité historique, leurs principes souvent irréconciliables.
A l’heure de la droitisation des esprits et du retour en grâce des identités et des valeurs, la porte était pourtant enfin grande ouverte pour un rapprochement des droites et une construction d’une alliance qui, à défaut de pouvoir gagner, aurait eu une importance suffisante pour peser lourdement sur le débat politique. Marine le Pen a décidé de la claquer et de choisir la direction opposée.

Le gâchis est immense.

Merci Président !

« Emmanuel Macron a révolutionné la politique ! »
Cette analyse m’a été difficile à entendre pendant toute la campagne. J’étais de ceux qui étaient sincèrement persuadés que la baudruche Macron se dégonflerait avant la présidentielle, puis entre les deux tours, puis avant les législatives, puis… il faut bien l’avouer, jamais. Ou tout du moins, pas tout de suite. Il va falloir s’y habituer, le système Macron est là pour 5 ans au minimum, et on a maintenant la preuve que ce qu’il a construit repose sur des bases solides.

Si on prend un peu de hauteur, cela n’est en fait pas si surprenant que ça en a l’air. Dans notre Américanisation — qui va lentement, mais sûrement –, nous venons simplement de recréer le parti démocrate d’Hillary Clinton, dont les Français sont reconnus être de fervents soutiens, et qu’on se plaît justement à situer entre la gauche et la droite Française.

Pour autant, sur le long terme, cet électrochoc pourrait bien se révéler être salvateur pour notre débat public, qui, depuis 1983, a glissé de plus en plus dans une sorte de centrisme bienveillant et progressiste, le Macronisme avant l’heure. Cette logique qui consiste à dire que si on met toutes les idées (socialement acceptables bien sûr, n’imaginez pas que celles du FN aient droit de cité ici) dans un grand pot, qu’on secoue très fort, et qu’on en ressorte la ligne médiane, alors nous serons dans la vérité absolue, seule voie possible.

Donner enfin un nom, un appareil, et un chef à cette pensée jusqu’alors incarnée par le très médiocre Bayrou est la meilleur chose qui pouvait lui arriver, et nous arriver.
En premier lieu, pour enfin clarifier la situation de tous ces élus, qui se disent de droite, qui se disent de gauche, mais qui se retrouvent surtout dans cette famille. Sans aller jusqu’à les traiter de traîtres infâmes, ce qu’ils sont à l’égard de leurs électeurs, leur famille d’origine, mais peut être pas leurs idées, on ne peut que se réjouir qu’enfin, ils cessent de se mentir et rejoignent un parti qui incarne leur ligne actuelle. Dehors les le Maire, Lefebvre, les le Drian, Collomb et bien d’autres.
En second lieu, car la faire se frotter à la réalité du pouvoir sera la meilleur manière de casser la quasi-religion qui s’est vouée autour de cet auto-proclamé camp du bien.
En troisième lieu enfin, car sur les ruines qu’il restera de part et d’autre, quelque chose ré-émergera. A gauche de Macron, on revendique enfin être clairement de gauche, comme le clame inlassablement Gérard Filoche. Certains en parleront mieux que moi, regardons-donc plutôt à droite.

Clairement, c’est un cataclysme. Les deux principaux partis sensés incarner la droite, les Républicains et le Front National, vont au devant de quelques mois bien difficile.
Les Républicains d’abord, parce que désormais sans chef et sans réelle vision, les querelles d’égo de ceux qui sont restés vont apparaitre. La ligne de fracture des deux droites présentes dans le parti — Orléaniste et Bonapartiste — va resurgir et provoquer moult débats.
Plus grave, la situation du Front National. Marine le Pen a beau essayer de gesticuler pour sauver les meubles, ce parti, littéralement explosé entre deux camps qui s’adressent à peine la parole, va devoir régler ses comptes. Il ne tenait jusqu’à présent que par la légitimité naturelle de Marine le Pen, totalement anéantie en à peine deux heures de débat face à Macron.

De ce champ de ruines ne pourra renaître que quelque chose de neuf. La France de droite n’a pas disparue, elle est simplement groggy. Débarrassée de toutes les forces qui la tiraient vers le centrisme, elle pourra au contraire se reconstruire librement et sans complexe. Comme dans toute innovation de rupture, les anciens grands acteurs en place, qu’on croyait inébranlables, pourraient bien laisser la place à un nouveau venu, qui n’existe peut-être pas encore, ou alors à l’état d’embryon. Enfin une opportunité de se débarrasser des Républicains, dont la proximité avec le PS a dégouté plus d’un électeur de droite. Enfin une opportunité de dépasser le Front National, dont la structure de PME Le Pen est aujourd’hui un frein aux idées qu’il défend. Le SIEL, dans cette logique, représente un positionnement voué à un bel avenir, celui de devenir le barycentre de l’union des droites, forçant ce qui restera des autres à discuter ensemble.